Une tribu d’Amazonie à l’époque du bio
Par BioScope |
lundi 4 février 2008
| Construction Bio
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Face à la modernisation à outrance, il existe des peuples qui ont su concilier leur héritage ancestral avec les apports du monde actuel. Il en va ainsi de la tribu des Kubenkokre, au Brésil.
Nêjamrô habite le bout du monde, ou presque. Le village de cet Indien Kubenkokre, du peuple Kayapo, se trouve à 216 km de Guaranta do Norte, dans l’État du Mato Grosso, au Brésil. Cet éloignement a préservé la vie traditionnelle des 900 Indiens Kubenkokre, qui habitent la réserve Mekragnotire. L’électricité, l’eau courante, le portable et Internet ne sont pas encore arrivés, la tribu vit au rythme du soleil.
Les enfants jouent au foot avec des balles de tissus noués, nagent dans la rivière, s’entraînent au tir à l’arc, loin du re-gard préoccupé d’un adulte. Ils vont aussi à l’école. « Ils arrivent déjà éduqués, vifs et attentifs, souligne leur institutrice, Antonia Gimenes. En six ans, je n’ai jamais vu un élève se battre ou se disputer. »
« La forêt, c’est notre maison »
Mais la civilisation se rapproche. Le besoin d’argent s’est installé pour satisfaire de petits, mais désormais indispensables, achats : des hamacs, des vêtements, des savonnettes et des brosses à dents depuis que l’hygiène est enseignée, des hameçons, des cartouches, et même du diesel pour le groupe électrogène qui, certains soirs, alimente… un écran de télévision raccordé à un lecteur DVD.
Au temps du chef Bep’kum, l’illusion du gain facile les avait incités à accepter des orpailleurs et des exploitants d’acajou sur le sol Mekragnotire. Ils ont travaillé dur pour ces aventuriers. Mais les conséquences néfastes de la cohabitation ont obligé les autorités brésiliennes à interdire ces commerces inéquitables.
L’incompréhension domine les échan-ges entre ces deux mondes. Les Indiens ne comprennent pas l’interdiction qui frappe leur artisanat orné de plumes. Brasilia a signé la Convention sur le commerce international des espèces menacées (Cites), qui interdit ce commerce, en ignorant les populations indigènes. « On nous accuse de tuer les animaux sauvages, mais nous ne sommes pas des prédateurs, explique Kadjy-re, le chef charismatique des Kubenkokre. C’est pour nous alimenter et pour nos rituels, alors que les Kuben (les Blancs) détruisent et polluent la forêt. La forêt, c’est notre maison. »
Alors, le soir, dans la Maison du guerrier, les hommes se réunissent et discutent. Dans cette agora, ils ont imaginé des activités qui leur assureraient une certaine autonomie, en respectant la nature. Leur premier projet a été la production d’huile de noix du Brésil, recherchée par l’industrie cosmétique. Le cacique Ytumti dirige ce projet : « C’est une bonne occupation pour la tribu. Et des noix, il y en aura toujours. J’ai fait travailler 95 personnes. »
En 2005, 1 500 litres ont été vendus, à 15 dollars le litre (10,28 euros), à la firme anglaise Cognis. Mais l’huile de 2006, stockée dans un hangar en ville, attend toujours preneur. En 2007, la fabrique est restée silencieuse. « Les acheteurs exigent des certificats de qualité », explique à Sao Paulo Erinaldo Silva, de l’ONG Amigos da Terra. La certification prendra un an.
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